Chronique d’une première fois lumineuse [3/5]

Poncet couv

À peine remis de ma crise de gérontophobie que déjà le devoir me rappelle. Pour cette deuxième soirée, j’ai décidé de changer mon rapport à la nuit. Fini le romantisme de la Croix-Rousse, j’opte pour le masochisme d’un samedi soir sur la presqu’île. Tout de latex vêtu, je m’avance donc vers l’Hôtel de… Calmez-vous. Sérieusement, calmez-vous.

Mon écharpe remontée jusqu’aux yeux, je m’avance donc vers l’Hôtel de ville et la Place des Terreaux. Enfin, ça c’était le projet. Premier accès, fermé. Deuxième accès, bouclé. Troisième accès, accès de colère. J’ai l’impression d’être chez Ikea, obligé de me taper tous les rayons inutiles avant d’accéder au Graal. Bref, je ne verrais pas les Terreaux, le spectacle gai et la foule en transe. Vous l’avez ?!

À l’angle de la rue suivante, une fillette d’environ 12 ans m’interpelle : « Ça vous intéresse d’avoir la Bible ? ». Je marque un temps d’arrêt, cherche le piège, la caméra cachée et mes mots. « Euh non, ça va… ». « Mais c’est gratuit hein ! ». Ah oui, j’imagine.

Anookis

Eskimos Centipede – By Philippe Jawor

Je ne le sais pas encore,  mais ce face-à-face spirituel inaugure une série de belles rencontres.  La deuxième aura lieu quelques hectomètres plus loin. Involontaire encore, mais silencieuse cette fois. Simple genou-tempe avec un labrador. Impact sourd et invisible entre la bête et moi, dans une jungle de jambes indifférentes. J’en profite pour saluer la belle initiative de son maître. Il doit être content, Médor, d’avoir entendu les Anookis (œuvre n°7 pour les moins d’1m50 présents dans la foule) sans les voir, en savourant des rotules humaines toute la soirée.

Je vous épargne la savoureuse descente de la rue de la République pour atterrir directement place Antonin Poncet. Comme vous, j’ai eu la chance d’admirer la galaxie (œuvre n°24, expliquée par l’artiste ci-dessous)  mais contrairement à vous, j’ai eu droit au petit supplément OVNI. Un touriste chinois. Mocassins, costard, cravate…et cache-oreille Bob l’Eponge. Le genre de mec qui prend salade-tomate-oignons, sauce vinaigrette. Un régal.

Les plus hautes sphères du rêve atteintes, je me croyais hors de portée, prêt à rentrer chez moi avec mes petits souvenirs. C’est alors qu’il est apparu. Jeune brun ténébreux aux bras de sa copine. A ma hauteur, les yeux rivés sur Notre-Dame de Fourvière et sa boule à facette géniale (œuvre n°17, juste magique), il prononce ces mots terribles : « Regarde chérie, y’a un espèce de château fort qui brille ».

Bouleversé, je m’éloigne. Et malgré le froid, je fonds en larmes. Dans la marée humaine, je retourne me noyer, emporté par la houle et par le vague à l’âme.

Convergence (Yves Caizergues) - Basilique Fourvière / © Philippe Jawor

Convergence (Yves Caizergues) – Basilique Fourvière / © Philippe Jawor

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